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Pourquoi libérer la vidéo ?

Profil(s) : Tous
Date : 2 février 2009
Auteur : goofy

Il ne vous a pas échappé que lire une vidéo sur le Web est souvent hasardeux et pénible : plugin nécessaire, format propriétaire... La Fondation Mozilla a décidé de bousculer tout cela en finançant la technologie vidéo. C’est Christopher Blizzard qui l’explique dans un billet de son blog, dont voici la traduction...

Tout le monde s’accorde à dire que la conception du ‘Web ouvert’ revêt de plus en plus d’importance dans la mise en œuvre du Web tel que nous l’expérimentons tous. Nos logiciels, nos conversations et nos échanges déménagent en ligne, et Mozilla se trouve de plus en plus au cœur-même de ce phénomène, en façonnant à la fois la technologie sous-jacente et les nouvelles pratique des usagers du Web. C’est un rôle crucial, et c’est l’une des raisons pour lesquelles il est important de nous comporter comme une entreprise à but non-lucratif, en prenant pleine conscience de notre mission et de notre impact.

En prenant un peu de recul, on se rend compte que l’arrivée du Web ouvert comme plateforme technologique est un phénomène dont l’histoire donne peu d’exemples. L’imprimerie nous a permis de reproduire les connaissances facilement et à bas prix. La télévision et la radio ont abaissé le coût de diffusion des médias. Le Web a fait disparaître la centralisation par de grands médias de masse, et chacun peut maintenant produire et diffuser. Les coûts de reproduction, de diffusion et d’interactivité par des commentaires sont devenus négligeables.

Pour ma part, je pense que c’est possible grâce aux choix technologiques qui ont été faits dès les premiers temps de l’évolution du Web. Des formats lisibles par l’être humain, des applications simples fournies avec leur code source et la possibilité pour chacun de publier et de créer. Il n’existait en ces temps reculés ni de tours d’ivoire ni de développeurs professionnels, aussi le processus de création devait-il être simple. La technologie du Web exigeait d’avoir une forme d’esprit très orientée vers la technique, mais vous n’aviez pas besoin d’un gigantesque apprentissage pour débuter. Si l’on ajoute à ça le principe du bout en bout d’Internet [1] et le fait que le premier venu pouvait mettre en place un serveur ou être un client, cela signifie que le Web n’a pas pris son envol grâce au soutien de grands acteurs, mais est devenu une immense ressource partagée, fondée sur les petits efforts de milliers d’individus.

Cela entraîna une explosion générale de créativité et d’investissements, des particuliers jusqu’aux plus grandes entreprises. N’importe qui peut avoir un impact et n’importe qui peut influencer la direction de la technologie du Web. Car n’importe qui peut construire des outils qui parle la lingua franca [2] du Web sans demander la permission. Vous trouverez des outils afin de faire à peu près tout ce que vous désirez. C’est un lieu d’échange vraiment très animé.

Mais il existe une exception notable : la vidéo sur le Web. Bien que des vidéos soient disponibles en ligne sur des sites comme Youtube, elles ne présentent pas démocratiquement leur contenu, elles n’ont pas cette caractéristique qui a assuré au Web sa vitalité et sa diffusion. Et ça se voit. La centralisation a entraîné quelques problèmes intéressants dont les symptômes sont la censure légale des contenus, via une action en justice de la DMCA et la concentration excessive du public sur un petit nombre de sites qui ont les capacités et la technologie nécessaires pour héberger des vidéos. Je crois que des problèmes comme ceux que nous voyons autour de YouTube sont l’indice d’un problème bien plus important, celui de l’absence de décentralisation et de compétition dans les technologies vidéos — il en est autrement sur toute autre technologie du Web.

Selon moi il existe deux choses qui peuvent aider à mener cette décentralisation :

- Il devrait être facile de comprendre l’opération qui transforme un format de document lisible par un ordinateur en un contenu tel qu’il doit être présenté à l’utilisateur. Par exemple, traduire un fichier HTML en un document, un fichier JPEG en une image sur un écran, ou pouvoir utiliser le protocole HTTP pour télécharger un fichier.

- Il doit être possible d’implémenter et de distribuer cette technologie sans avoir à demander l’autorisation ou la licence de quiconque. En termes concrets, cela veut dire qu’elle doit être disponible sans avoir à payer de droits et sans documentation encombrante [3].

Dans le monde de la vidéo, on trouve des formats qui remplissent la première condition : certains formats sont bien documentés, compris et même largement répandus. Mais bien trop souvent ils sont soumis à des droits à payer à l’unité, ou de lourds tributs dès le départ, et la création de contenus sous ces formats avec les logiciels encodeurs est souvent si chère qu’elle en devient disuasive pour tous, si ce n’est pour des firmes aux bourses bien lestées et des startups dorées sur tranche. Et il existe bien peu de formats vidéo qui remplissent la seconde condition. Ce n’est pas ce genre de décentralisation qui fera décoller le Web. Ce serait plutôt l’inverse.

Nous voilà arrivés à la partie de l’histoire où Mozilla entre en jeu : voici ce que nous allons faire.

- Dans Firefox 3.1, nous mettons en place la prise en charge native du conteneur OGG avec le codec audio Vorbis et le codec vidéo Theora, pour la balise < video >. Il s’agit d’une des rares associations de formats qui remplisse les deux conditions ci-dessus. Ce ne sont pas des formats parfaits, mais ils sont certainement d’une qualité amplement suffisante pour l’usage de la vidéo sur Internet de nos jours. Et ils vont aller en s’améliorant.

- Nous soutenons également le développement d’une technologie vidéo ouverte avec une subvention de 100 000 dollars qui sera gérée par la fondation Wikimedia pour soutenir et développer Theora. Vous pouvez espérer voir sortir de grandes choses de ce financement. Et ce travail finira par profiter tout autant à Firefox.

- La troisième chose que nous pouvons accomplir, c’est donner pleinement droit de cité à la vidéo sur le Web. Cela signifie que nous pouvons faire des choses avec la vidéo et la faire interagir avec d’autres types de contenus (SVG, Canvas, HTML) d’une façon tout à fait nouvelle. Nous espérons qu’en libérant la vidéo du carcan imposé par les plugins et en laissant s’harmoniser avec le reste, nous pourrons lâcher une nouvelle vague de créativité autour de la vidéo. J’en dirai plus long dans un autre billet.

Nous n’espérons pas, en faisant cela, tout changer du jour au lendemain. Loin de là — les changements de cet ordre prennent du temps. Mais nous pouvons certainement jouer notre rôle, du moins rendre possible le développement de ce genre de phénomènes. Nous voulons voir émerger un marché de la vidéo comme nous avons vu émerger celui du Web. Telle est notre contribution pour lancer le mouvement.

[1] NdT : le end-to-end principle est un principe de programmation qui veut que la majorité des opérations associées à un protocole de communication se réalisent au plus proche des ordinateurs concernés. En clair, toutes les opérations importantes du Web se déroulent au niveau du client et du serveur, le reste des opérations consistant simplement en des redirections. On peut en trouver une description sur la Wikipédia anglophone.

[2] NdT : un langage de communication, comme le latin autrefois, ou l’anglais basique aujourd’hui

[3] NdT : Par exemple, le logiciel distribué par Adobe pour lire des applets Flash est soumis à une licence que l’utilisateur doit accepter. Toute personne qui distribue ce logiciel doit transporter cette « documentation encombrante » et la faire approuver par tout individu qui utilise sur son ordinateur le logiciel distribué par Adobe.

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