WHATWG : Mozilla, Opera et Safari unis pour préserver le web
Ian Hickson, travaillant pour Opera Software et important contributeur au projet Mozilla dans le passé, a annoncé récemment la création d’un nouveau groupe de travail regroupant des développeurs des principaux navigateurs web alternatifs afin de définir des standards communs et interopérables basés sur HTML pour les futures applications web. Ceci en dehors du w3c, l’organisme de standardisation du web dont c’est normalement le rôle.
Le web et HTML
Le web tel que nous le connaissons depuis bientôt 10 ans est principalement constitué de pages hypertextes (HTML), agrémentées de feuilles de style (CSS) et parfois de scripts dynamiques (JavaScript, DOM). Dans leur immense majorité, ces pages sont visibles et lisibles sur un nombre illimité de plateformes : PC sous Windows ou Linux, Mac, station de travail UNIX, PDA ou même téléphone portable.
Il n’en a pas toujours été ainsi, au départ le HTML était peu ou pas standardisé et les concepteurs de navigateurs comme Netscape ou Microsoft inventaient leurs propres balises à tour de bras. Devant les problèmes croissants d’interopérabilité, le web risquant de se couper en deux entre une version Netscape et une version Microsoft, ces firmes se sont mises d’accord au sein du w3c pour standardiser les langages HTML et CSS. D’abord une version minimale regroupant le « dénominateur commun » entre les différents navigateurs, HTML 2.0. Ensuite, progressivement, en standardisant leurs nouvelles balises sur base d’un consensus on a pu voir apparaître les versions 3.2 et 4.0, sur laquelle est également basée XHTML. C’est cette standardisation et son application par de plus en plus de développeurs de sites qui permet un accès pour tous au contenu incroyablement riche de la toile.
Le problème des applications web
Seulement, HTML a été au départ inventé pour représenter des documents, pas des applications comme des boutiques et des banques en ligne. Il lui manque donc certaines fonctionnalités qui sont actuellement palliées par de complexes manipulations en JavaScript et du côté serveur, elles-mêmes sources d’incompatibilités entre les programmes. Le w3c a donc décidé de réfléchir sur la standardisation de ces méthodes, demandant récemment à ses membres comment ils voyaient le futur.
Deux conceptions s’affrontent : celle des concepteurs de navigateurs, pour qui HTML doit être étendu afin d’offrir aux développeurs web les fonctions qui leur manquent, tout en gardant les avantages de simplicité et d’universalité acquis par HTML et ne pas devoir réécrire tous les documents existants. Cette notion s’appelle la compatibilité ascendante.
L’autre conception, maintenant majoritaire au sein du w3c, est celle des concepteurs de plugins tels qu’Adobe, ou de serveurs comme Sun, IBM ou Microsoft, ce dernier ayant à peu près abandonné le développement de son navigateur Internet Explorer depuis 2001. Pour ceux-ci, selon leurs propres mots, « le navigateur est mort » (c’est effectivement le cas d’IE6) et les applications web ne doivent plus avoir du web que le nom. Elles doivent se baser sur des technologies entièrement nouvelles et souvent incompatibles telles que Xforms et SVG 1.2 [1], ou XAML de Microsoft, et leur contenu devrait systématiquement être adapté à différents « profils » correspondant au type de plateforme (PC de bureau, PDA, téléphone, ...) mettant ainsi fin à l’universalité du web.
L’initiative de Mozilla et Opera : WHATWG
Il semble évident aux membres des équipes de développement de Mozilla et Opera que le temps que les différents protagonistes se mettent d’accord sur un nouveau standard commun, si même c’était possible, l’une ou l’autre société aura amplement le temps de mettre en place sa propre technologie propriétaire dominant le marché, rendant par là tout processus de standardisation inutile. Cette situation entraînerait donc également la fin de l’interopérabilité.
Pour éviter cela et prendre de vitesse une nouvelle balkanisation du web, la décision a donc été prise de créer WHATWG, un groupe de travail informel, non officiel, à l’écart du w3c en invitant les membres des équipes de développement d’autres navigateurs. Ils ont à ce titre été rejoints par David Hyatt et Maciej Stachowiak, qui réalisent le navigateur Safari développé par Apple pour Mac OS X.
L’idée principale part de la première position commune présentée par Opera et Mozilla au w3c, est de maintenir une compatibilité même avec les anciens navigateurs tels qu’Internet Explorer 6.0 qui, qu’on le veuille ou non, reste encore en place pour longtemps chez de nombreux utilisateurs ne voulant ou ne pouvant passer à un meilleur navigateur. Cette situation devrait perdurer assez longtemps, le début de la migration vers le nouveau système Longhorn n’étant prévu au plus tôt que pour 2007 chez Microsoft.
Trois nouvelles spécifications communes sont d’ores et déjà en cours d’écriture, dont tout un chacun peut voir l’évolution, et apporter ses éventuels commentaires, sur le site de WHATWG. La première, web forms 2, concerne une extension des formulaires utilisés sur le web. Elle y ajoute des outils de validation et de contrôle de contraintes, ainsi que de nouveaux outils de sélection pour l’utilisateur tel un calendrier lorsqu’il s’agit de choisir une date.
Les deux autres, web apps 1.0 et web controls 1.0 traitent respectivement des applications simples qui doivent être accessibles à tous comme des boutiques en ligne, des moteurs de recherche ou des carnets d’adresses, et des nouveaux éléments d’interface nécessaires pour celles-ci (boutons, évènements, ...). Il est entendu que cela ne concerne pas des applications aussi complexes qu’un tableur ou un programme de traitement d’images. Dans ce cas, une application web n’est plus appropriée et il convient d’utiliser un langage de description d’interfaces plus évolué comme XUL (utilisé par Mozilla), Flash ou XAML.
Les spécifications développées dans le cadre de WHATWG, seront probablement incorporées rapidement dans les navigateurs participants. Celles-ci pourront toujours être soumises au w3c ultérieurement, plusieurs membres de WHATWG continuent d’ailleurs parallèlement à participer activement à différents groupes de travail du w3c.
Un pari sur l’avenir
Le web semble être arrivé à un tournant, au moment même où les créateurs de navigateurs ne sont plus en majorité au w3c. Celui-ci produit des spécifications de plus en plus complexes, semblant parfois perdre de vue les réalités du web d’aujourd’hui et négligeant toute compatibilité ascendante. La solution passe peut-être par cette initiative qui devrait porter ses premiers fruits fin 2004. Une belle bataille en perspective dont dépend probablement le sort des milliards de pages déjà existantes.
[1] SVG 1.0, dont le déploiement est en cours dans Mozilla, est un langage de description d’images vectorielles compatible avec HTML et CSS. SVG 1.2 entend briser cette compatibilité et devenir un langage de formatage de contenu à part entière.
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